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Electro-carbonés

Tout est censé être devenu plus évident, plus rapide. La presse aime à  faire ses titres – entre deux guerres ou catastrophes – sur la couverture du réseau de téléphonie mobile, l’accès à Internet pour tous – même si cela peut paraitre antinomique avec les annonces concernant les millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. Bref, l’accès à  l’information, l’information numérique est normale, presque automatique, évidente et sans autre coût que régler son « abonnement Internet » à un gentil fournisseur. « Il a Internet, il a tout compris…».

Le manège de l’info

Conscience environnementale, mode et développement durable oblige, il est raisonnable de se poser la question de l’impact environnemental de nos activités numériques. L’idée m’a heurté lors d’une conversation de fin de dimanche après-midi lors qu’est apparue dans cette conversation la notion de logiciels ouverts. Dès lors la notion de modèle économique et de la « magie de la gratuité d’internet » (merci Stéphanie) ont semblé se confondre. Il devenait clair que pour une majorité, la chose fonctionne toute seule, je clique, le signal et l’information font plusieurs fois le tour de la planète comme cela, tous seuls.

Attention révélation. Tout cela ne fonctionne pas tout seul.
Des structures maintiennent une infrastructure dense faite de câbles, de répétiteurs, de points de brassage, de routeurs, etc. Ainsi donc le simple fait d’envoyer un message, de s’inventer une double vie dans un espace numérique et parallèle ou de naviguer gracieusement pourrait avoir un impact environnemental ? Et oui…

Tout à un prix

Prenons les travaux en cours et controversés sur le coût énergétique d’une recherche Google ou d’une simple seconde de navigation sur le Web. Si l’on tente de faire la synthèse des avis, arguments et contre arguments, il est possible de dessiner une vue, une estimation, quelques points de repère (je liste en fin d’article l’ensemble de mes sources) :

  • Une seconde de navigation couterait 20mg d’équivalent carbone, soit 0,02 gramme
  • Une recherche Google : 0,5 gramme d’équivalent carbone
  • Une recherche sur une autre moteur de recherche : 1 gramme d’équivalent carbone
  • La consommation moyenne d’une voiture dite « verte » aujourd’hui : 100 grammes d’équivalent carbone au kilomètre.

Et ça coute cher ?

Si je reviens à nos bonnes habitudes – qui semble se diffuser comme une trainée de poudre – de n’utiliser qu’un seul point d’accès à l’information, nous prenons un véritable risque de surchauffe. Il ne s’agit pas de ne plus utiliser nos navigateurs préférés, ni de boycotter les moteurs de de recherche mais de faire preuve de raison.

Partons d’un exemple simple – mon préféré – les signets des navigateurs semblent de moins en moins utilisés, de moins en moins les URLs des sites ou des marques sont mémorisés.
De plus en plus, les utilisateurs passent par Google. Besoin de consulter les dernières nouvelles de la météo en France, pourquoi taper directement l’URL (meteo.fr) ou même utiliser ses signets ? Il suffit de lancer une requête sur le moteur de recherche. Là  o๠cela devient génial c’est lorsque le navigateur n’est pas en fonction, L’utilisateur ouvre son navigateur qui affiche la page par défaut puis l’utilisateur va sur Google (par exemple) pour saisir sa requête (météo France). Il arrive sur une page résultat o๠il est sollicité par des annonces publicitaires et d’autres sites.

La chasse aux gaspis

Dans le meilleur des cas, il s’agit de temps gaspillé, perdu. Dans le pire des cas, l’utilisateur se retrouve sur un site qu’il se souhaitait pas atteindre. Bref, chacun fait ce qu’il souhaite avec son temps et son navigateur, le clic et l’aller et retour pourrait devenir un sport Olympique (activité universelle et amateur…).
Si nous revenons à  l’impact environnemental des différentes approches, saisir directement l’URL peut potentiellement consommer, dans le pire des cas 0,1 gramme d’équivalent carbone (pour une dizaine de seconde d’usage et de chargement). Dans l’autre cas, nous retrouvons les 0,1 gramme pour la page chargée par défaut puis 0,3 grammes pour la recherche Google (en restant très optimiste) . Soit une consommation totale de 0,4 grammes (dont 75% strictement inutile). Détail que tout cela ! Peut-être pas, si je considère que sur les 131 milliards de requêtes mensuelles aux moteurs de recherche (référence décembre 2009), 10 % (sachant qu’une étude à  monter que 25 % de nos requêtes concernent un site que l’on a en tête !!) correspondent à  ce type de requêtes, nous arrivons à  47 100 tonnes d’équivalent carbone utilisés inutilement. A titre de comparaison cela correspond à  environ 10 718 fois le tour de la Terre avec une voiture dite « propre » (100 g de carbone rejetés par km)

Si l’on considère la potentielle consommation des moteurs de recherche concurrents (Bing, Ixquick, etc.), il est nécessaire d’ajouter 10% à  ce résultat.

Peu ou énorme ? Peu importe. Trop dans tous les cas, cette consommation est le fruit de requêtes inutiles, de requêtes inconscientes d’enfants gà¢tés qui pris par la facilité et l’inconscience refusent de mémoriser, trier, organiser. Pourquoi s’embêter alors que l’autre le fait pour moi ?! Comment peut-on imaginer que l’on puisse préférer être potentiellement manipuler (ou pour le moins polluer), gaspiller du temps et polluer alors qu’une solution simple et efficace permet de limiter son impact environnemental, faire travailler sa mémoire et gagner en efficacité.

Nous pourrions multiplier les exemples à  l’infini. Penser à  tous ces sites, ces messages et autres qui polluent notre journée. Il ne s’agit pas de stopper l’utilisation du Web et de le remettre en cause, il y a une multitude de cas o๠l’utilisation de ce média est une source absolue d’économie de rejet de carbone (achat de bien immatériels, musique, vidéos, etc., courriels, etc.).

Développement durable et usage raisonné

A une époque o๠il me semble parfois trop politiquement correcte de montrer du doigt les « anciennes technologies » ne pourrait-on pas s’arrêter quelques minutes afin de se poser la question de l’impact environnemental des « nouvelles technologies ».

Si l’usage de la vidéo conférence semble une réelle source d’économie en regard d’un aller et retour en avion, comment considérer le fait de maintenir un avatar sur « Second Life » ? Ah oui, j’oubliais… Maintenir un avatar de ce type représenterait selon certaines estimations la consommation en énergie électrique annuelle d’un brésilien moyen. Si l’on considère qu’une étude menée en Rhônes-Alpes énonce que 40% des collégiens et des lycéens auraient un avatar (jeux vidéos ou Second Life), j’aimerai bien connaître le profil écolo de ces étudiants. Nos vies numériques ont également vocations à  être écologiques.
Pour compléter ce panorama, une étude citée par l’AFNOR, énonce que les nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication consomment près de 13,5% de l’électricité en France !

Sans aucun doute les usages raisonnés (et non limités) devraient-ils être la règle. Mais au delà de ce pensif, c’est notre attitude de consommation qui pose question. Utiliser, consommer sans même se poser la question de la réalité du besoin et de ses conséquences. Penser que tout est normal, gratuit. Comme hurler haut et fort la défense de la planète telle que égoïstement nous pourrions souhaiter la conserver et refuser de questionner ce que d’aucun nous apporte sur un plateau « gratuit et immédiat ».

La désobéissance marketing pourrait devenir un devoir.

Références

Avec les avatars, le virtuel devient utile, Ouest France Magazine, 20-02-2010
(www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Avec-les-avatars-le-virtuel-devient-utile-_3639-1270666_actu.Htm)

Google’s response to Sunday Times story about its search and greenhouse gases, 12-01-2009
(timesonline.typepad.com/technology/2009/01/googles-respons.html)

Harvard Physicist Sets Record Straight on Internet Carbon Study, 12-01-2009
(www.technewsworld.com/story/Harvard-Prof-Sets-Record-Straight-on-Internet-Carbon-Study-65794.html?wlc=1264596086)

Les centres de données polluent déjà  plus que l’Argentine, 27-05-2008
(www.greenunivers.com/2008/05/les-centres-de-donnees-polluent-deja-plus-que-l%E2%80%99argentine-62/)

Parts de marché des moteurs aux USA en janvier 2010
(barometre.secrets2moteurs.com/index.php/Classement-moteurs-usa)

Nombre de recherches en ligne dans le monde 2009 vs 2008, 26-01-2010
(barometre.secrets2moteurs.com/index.php/2010/01/26/104-recherches-en-ligne-monde-2009)

Second Life Avatars Consume As Much Electricity As Brazilians
(www.treehugger.com/files/2007/01/second_life_ava.php)

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