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Du partage de la connaissance

Jusqu’au début de l’été, j’utilisais les différentes encyclopédies en ligne avec une attitude bienveillante considérant que la communauté œuvrant pour tous et sans désir de profit ou de reconnaissance ne pouvait que produire un résultat de valeur et parfaitement à  jour. J’avais en mémoire quelques « batailles » en ligne autour de l’article 47 de la loi du 11 février 2005 et de son décret d’application. Ces batailles avaient permis de valider l’efficacité des outils et processus mis en Å“uvre afin de permettre de garantir l’exactitude des informations publiées.
Au début de l’été, un ami dont la biographie est en ligne sur un de ces sites, me contacte en me demandant de l’aider à  faire corriger cette fiche dont il n’est pas l’auteur. Quelques informations et dates concernant sont parcours sont erronées, certains points peuvent manquer et la date de naissance est grossièrement inexacte. Je m’étonne de sa demande et décide d’amender la dite biographie afin de proposer les modifications qui me furent dictées. Cette première tentative s’est soldée par un échec, un simple refus de modification. J’ai alors compris la nécessité de s’inscrire pour être accepter en tant que contributeur.
Après quelques jours de quarantaine, j’ai finalement reçu le sésame. Membre de la caste des contributeurs, c’est plein d’un fol espoir que j’ai modifié de fond en comble la biographie fantaisiste afin de rétablir la vérité. Une fois mon devoir effectué (établir la vérité devrait être un devoir), je préviens fièrement mon camarade directement concerné par la méprise.
Quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’il m’interroge sur l’objet de la plaisanterie :

  • tu as changé quoi ?
  • et bien regarde, tu n’aurais pas un problème de cache ?

Aucun problème technique ou de cache, je dois me rendre à  l’évidence, mes modifications furent évincées par un quelconque administrateur qui me traita publiquement de flibustier.

Comment ?!

Je participe à  une encyclopédie « ouverte et collaborative » comme expert (et oui, mes informations sont garanties réelles et vraies par la seule source digne de ce nom dans ce cas) et je vois ma contribution envoyée au pilon !
Ce censeur, cet absolu de connaissance pourrait tout rédiger lui-même s’il sait mieux que les « érudits ». Mais s’il représentait cet absolu savoir, il n’aurait pas commis de telles bourdes sur un article aussi simple (il ne s’agit tout de même pas de physique quantique et de la définition de la simultanéité).
J’ai fini par comprendre, lors des pseudos échanges avec le maître du savoir, que ma contribution fut rejetée car je ne fournissait pas de références à  d’autres sites ou sources numériques qui auraient pu attester de la véracité de mes dires. Alors que les bobards en ligne eux font écho à  un site listant les exploits de moult célébrités. Candide, j’envoie dans l’heure une demande de rectification ou pour le moins d’alerte au site en question. Plus de 6 mois après, je n’ai toujours pas de réponse. Et l’encyclopédie propose toujours cette fiche erronée.
Pour revenir à  l’encyclopédie participative, m’énoncer comme proche de la victime n’est pas suffisant. Soit. Mais dans ce cas cela signifie que cette encyclopédie n’est en aucun cas collaborative mais duplicative. Elle utilise comme principe apparent de ne publier que des copier/coller d’articles existants et représentants en nombre (ni en crédibilité, ni en volume de consultation) une soit disant vérité. Mais dans ce cas, c’est l’exact équivalent d’une autre type de service sur le Net : le moteur de recherche. Autant utiliser Google ou Ixquick et de considérer comme vrai ce qui apparaît comme majoritaire. Tiens, c’est déjà  ce que nous faisons un peu tout les jours. La différence est que cette « encyclopédie » ne bénéficie pas des mises à  jour potentielles et s’éloigne à  chaque instant des lambeaux de connaissances qu’elle voudrait diffuser (posséder ?).

La fin d’un mythe…

J’avoue que ma déception fut grande. Adieu le modèle collaborative, le partage, l’échange voire la dispute et le débat d’idée, processus qui sert le plus souvent à  faire naître une forme simple de connaissance pérenne, fiable et évolutive. Et si sur certains sujets des avis divergent, permettre l’affichage de la richesse de la discussion en veillant aux droits et respect de chacun représente une véritable richesse et une direction vers la voie du savoir.
Ainsi, je perçois un double mensonge : « encyclopédie collaborative ». Le collaboratif à  disparu (a t-il existé ?). Rédiger à  tour de rà´le sous les jougs d’un censeur ne s’appelle pas de la collaboration mais de la dictée. De même, l’usage du terme « encyclopédie » peut-il perdurer ? Non point, j’ai souvenir d’encyclopédistes compétents dépositaires d’un savoir, d’une curiosité et d’une envie de partager qui garantie pérennité, nouveauté, clarté et probité. J’ai le souvenir d’encyclopédies de savoirs et de critiques. Rien de tout cela dans ce modèle où un administrateur se cache sous un masque potentiellement bien trop grand pour lui.
En reprenant le modèle majoritaire voire de la multitude, ce modèle de site ne peut être considéré que comme une source démocratique de connaissances (et non de savoir). Encyclopédie de la majorité où il serait normal que la censure puisse être une des règles de gestion. Ainsi, ne pas être dans la majorité, peut entraîner le bâillon (ah la proportionnalité du temps de parole). Est-ce cela le partage encyclopédique des savoirs ? Cela me rappelle la citation de Marc Bloc (1886-1944) qui énonce l’étroitesse d’esprit de l’enseignement de nos grandes écoles, usines à  normaliser les connaissances, les esprits et à  fuir le débat, l’imagination et la créativité. Cette non-encyclopédie y participe activement.

Tout cela pour ça ?

Oui et non, concernant la biographie, un contact direct avec la direction du service en ligne et le fait de prouver son identité aurait du faire avancer les choses. Des corrections ont été effectuées mais dans une forme de méfiance et de scepticisme qui ramène le contact direct et la parole humaine à  la source d’information la moins fiable comparée à  une source en ligne qui n’offre absolument aucune garantie que celle d’être une source en ligne. La relecture des différents argumentaires des « responsables » de ce service m’amène à  le comparer au moment les plus inquiétants des démocraties totalitaires (!) : « toutes les limitations, privations sont là  uniquement pour votre bien mais vous ne vous en rendez pas compte ».
Concernant, le service en lui même, cela nous remet face à  notre responsabilité. Il est nécessaire de rester très vigilant en regard de l’ensemble des informations publiées sur les médias. Beaucoup de choses fausses, beaucoup de choses exactes, il faut systématiquement le vérifier. Internet est un chemin et non la vérité.
Sommes-nous suffisamment armés pour répondre à  ce challenge ? Non certainement pas mais la vigilance et l’esprit critique sont parmi nos meilleurs alliés.
Bonjour chez vous…

Notes :

Si l’on considère l’étymologie du mot « encyclopédie » nous arrivons à  considérer « un cercle, un enchaînement de connaissance » à  fin d’éducation (du grec paideia) et pour reprendre les écrit de Denis Diderot en 1751 : « Le but d’une encyclopédie est de rassembler les connaissances éparses sur la surface de la terre ; d’en exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons, et de le transmettre aux hommes qui viendront après nous; afin que les travaux des siècles passés n’aient pas été inutiles pour les siècles qui succèderont; que nos neveux devenant plus instruits, deviennent en même temps plus vertueux et plus heureux; et que nous ne mourions pas sans avoir bien mérité du genre humain ».
L’encyclopédie telle que décrite et pratiquée par Diderot est engagée, critique voire polémique. Elle est savoir et critique du savoir, inventivité et réflexion critique.

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